05 mars 08
BACK TO MY ROOTS
Je devais avoir une douzaine d'années. Pour un jeune cinéphile, Canal+ et ses films d'horreur trois samedi par mois, c'était comme Noël tous les week-ends. En passant, chez moi, il n'y avait pas de télécommande à la télé, pas de magnétoscope, pas d'ordinateur et bien entendu, pas de Ipod, pas de téléphone portable, et pas de console de jeu vidéo. Tout se passait dans la tête, ou à la radio.
De l'autre côté de la rue, en face de chez moi, il y avait ce jeune type, dix-huit, dix-neuf ans, vaguement chômeur, dans mon souvenir, mais qui adorait les gosses du lotissement ET les films d'horreur. Certaines fois, il nous invitait, ma bande et moi, nous étions cinq ou six, et l'après-midi filait devant sa téloche et ses cassettes vidéo, il nous hypnotisait avec des classiques comme Alien, Hurlement ou Chromosome 3, quand il ne nous traumatisait pas définitivement avec des machins italiens à gerber, du style de Anthropophagous (1980, de Joe D'Amato, n'y allez pas, surtout...) Je lisais Mad Movies ou l'Écran Fantastique, quand j'avais l'argent et le courage de les acheter. Et sur les murs de ma chambre s'étalaient Madonna et Freddy Krueger ou Jason.
Lorsque Aliens est sorti, c'était un tel truc, j'ai enragé de ne pas avoir l'âge. Il y est allé. Au retour, dehors, appuyé sur le capot de la voiture de ses parents, il m'a raconté le film, je n'ai jamais oublié ce moment. Je ne sais pas pourquoi.
Tout ça pour dire que ce blog, au départ, c'est pas Boy Meets Girl, c'est plutôt Monster Meets Pin-Up. Il était juste temps de retrouver la bonne ligne éditoriale. C'est fait.
Evelyn DEAD.
13 févr. 08
"WE'RE GONNA NEED A BIGGER BOAT..."
L'une des meilleures répliques de cinéma, et c'est le Chef Brody, dans Les Dents de la Mer, qui nous la sort.
La Rieuse aux dents jaunes vient de nous amputer de Roy Scheider, et moi, ça ne me fait pas marrer. Acteur génial, Scheider était de ceux qu'on aurait aimé savoir immortels, mais bon. Apparemment, il y a des choses au sujet desquelles aucune négociation n'est possible.
Il était le premier choix de Michael Cimino pour le rôle qui, dans Voyage au Bout de l'Enfer, a finalement échu à Robert De Niro. Roy avait dû décliner, car encore sous contrat avec la Universal, il était prévu pour un petit truc se passant dans une station balnéaire, avec un requin géant qui terrorisait les gens. Le genre d'histoires que tu aimeras raconter à tes gosses, devant une bonne bouteille, et avant d'appuyer sur play.
So long, l'artiste.
Mais Roy n'est pas vraiment mort. Il vivra pour toujours, dans Jaws, French Connection, All That Jazz, Cohen And Tate, Le Festin Nu, et tous les autres...
ED.
08 févr. 08
"SHOW ME ALL THE BLUE PRINTS..."
"Show me all the blue prints !"
"Show me all the blue prints !"
"Show me all the blue prints !"
"Show me all the blue prints !"
"Show me all the blue prints !"
"Show me all the blue prints !"
"Show me all the blue prints !"
"Show me all the blue prints !"
"Show me all the blue prints !"
AVIATOR, de Martin Scorsese.
Tant pis, il faut bien lâcher le morceau. Leonardo Di Caprio est l'un des meilleurs acteurs au monde. Voilà. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Revoyez The Departed, revoyez Aviator. Revoyez la meilleure scène du film: Howard Hughes est avec son chef constructeur, à parler du choix d'un manche à balai pour l'énorme avion derrière eux. Hughes est pris d'une crise de paranoïa au sujet d'un balayeur aux ongles sales, et cette crise s'étire jusqu'aux commissures de la folie. Sous les regards pétrifiés du chef constructeur ET de lui-même, l'aviateur se met à répéter la même phrase, compulsivement, sans contrôle, comme si un truc énorme et vicieux avait soudain envahi tout son corps, et son âme aussi. Revoyez Di Caprio dans cette scène. Et revenez me voir après.
Quant au film, il est passionnant, la seconde fois comme la première. Édulcoré, sans doute, mais passionnant.
Evelyn "Fly High" Dead
01 févr. 08
"WHAT IF IT COMES BACK ?
- It won't come back.
- Yes, but what if it does ?
- If it comes back, we kill it."
28 WEEKS LATER, de Juan Carlos Fresnadillo.
Sébi m'a pressé de le voir, et j'ai pris le temps, pourtant. Comme j'ai coutume de le répéter, prendre le temps, en ces années terribles, est comme un acte de rébellion. Bref.

(28 semaines, c'est long pour des règles, non ? ...)*
Le film est moins surprenant, moins intéressant que le premier, mais il fait plus peur, avis aux poules mouillées. Surtout, la mise en scène est beaucoup, beaucoup plus efficace, ce qui fait passer un sale quart d'heure aux types sur l'écran, mais un bon moment aux spectateurs. Très franchement, 28 Semaines... vaut son pesant d'enragés (puisqu'on est sûr à présent qu'il ne s'agit pas de zombies, so sad). Le casting oppose le superbe Robert Carlyle à la terrible Catherine McCormack, et à un moment, un maboule vomit du sang dans la bouche d'un pauvre mec qui passait par là (quand on connait le salaire d'un figurant moyen...) En somme, rien à jeter. Et puis Paris sera toujours Paris. Mais là, il faut avoir vu le film.
Evelyn.
* Je vous rappelle que c'est mon blog, et que je suis aussi vulgaire que je le désire.
24 janv. 08
"TO ESCAPE ! IN ONE FORM OR ANOTHER..."
VORACE, de Antonia Bird.
Si j'émargeais chez ces pitoyables baudruches de chez Allocine.fr, je vous sortirais tout de go: "attention, pépite !" Ouais ! Emballez, c'est pesé !... Seulement, je gagne pas ma vie à me gratter les c... à la machine à café, moi. Je bosse, moi. Je réfléchis. Et quand je vois un film de ce calibre, je réfléchis deux fois plus. Ça s'appelle du respect. Le respect, c'est ce que je vous dois.
Tu veux qu'Evelyn te prédise l'avenir ? Tu veux jeter un oeil dans l'abîme ? L'Homme finira par se bouffer lui-même. De manière industrielle, je veux dire. Et tu peux me citer. Si tu traces une ligne qui part de Soleil Vert (1973), traverse Massacre à la Tronçonneuse (1974), parcours les films de zombies de Romero et rejoint Vorace (1999), et si tu suis cette ligne sans la perdre du regard, tu verras bien où elle te même: droit vers ma prophétie. Trop de monde sur Terre. La Croissance n'est pas infinie, et le point d'orgue, le climax de la folie consumériste née du capitalisme, c'est le cannibalisme. Déjà au figuré, depuis de nombreuses décennies, mais très bientôt au sens propre. Voilà pour le volet politique du film de Antonia Bird. En un seul plan, encore: Ives le mangeur d'hommes explique à Boyd que bouffer son prochain est LA solution, que c'est inéluctable, et tous les deux sont serrés poitrine, à deux dans le même cadre, avec au milieu, dans le fond du champ, le drapeau américain. Tout simplement. Le pays-roi de la consommation, désigné premier anthropophage de sa population, de sa société. Imparable. Mais Vorace, ce n'est pas que ça. C'est aussi un très bon scénario gothique, qui fait bien peur, c'est un casting ad hoc, c'est du mysticisme indien fondu dans du gore sympathique, c'est du film de vampire, c'est des chouettes images enneigées, Vorace ça n'arrête pas, c'est plus stimulant que de la coke. Et en plus, tu l'as payé quatre euros chez Gifi, alors, t'as aucune raison de passer une journée de merde.
Dans Vorace, tout le monde essaie d'échapper à sa condition. Et tout se résume à ça: "manger ou jeûner, vivre ou mourir."
Evelyn Dead.
22 janv. 08
MOSQUITO COAST
Peter Weir est un artiste, un vrai. Avec une vision du monde. Donnez-lui la recette du gâteau aux yaourts, il vous fera le machin et vous y trouverez encore sa vision du monde. En d'autres termes, tous ses films parlent de la même chose, et pose une seule et même question, avec récurrence, acharnement, et angoisse: quelle place, s'il y en a une, pour l'Homme Blanc dans la Nature ?
Sous ses allures de fausse quête adolescente (un jeune garçon doit remonter la rivière pour voir mourir son père et renaître au monde), Mosquito Coast ose une réponse éminemment déprimante. L'Homme Blanc n'a plus sa place ailleurs que dans les taudis qui composent sa société civilisée.
Allie Fox (HARRISON FORD, en majuscules, s'il vous plaît) est un inventeur génial qui veut fuir une Amérique dénaturée et construire son paradis fantasmé au milieu de la jungle. Là où les nécessités les plus immédiates et évidentes - un toit, à bouffer - guideront ses actions. Il achète une ville fantôme, somme de cases en tôles brinquebalantes, et s'y transporte avec femme et enfants. Tout semble rouler jusqu'à ce que l'esprit en perpétuelle ébullition d'Allie n'accouche sur place d'une machine à faire froid. Ce péché d'orgueil lui sera fatal, et il se verra chassé de son Eden, sans espoir de retour nulle part. Il faut dire que son Frankenstein fait plusieurs mètres de haut et qu'à grands renforts de produits chimiques il fabrique des pains de glace. Dans la jungle ! Pour Peter Weir, l'analogie est sans ambigüité: l'Homme Blanc, perché sur son omniscience et une foi arrogante en lui-même, n'est rien d'autre qu'une aberration que la Nature a tôt fait d'expulser dès lors qu'elle se sent menacée. La machine d'Allie finit par exploser, ravageant les alentours, contaminant la rivière, et lorsqu'un peu plus tard les Fox tentent de se reconstruire un abri à partir des rebuts de la marée (du plastique, tout ce que la Nature ne digère pas), ils sont encore une fois rejetés, repoussés par la montée des eaux ajoutées à une tempête purificatrice.
C'est à tort, à mon sens, que Mosquito Coast se laisse voir comme une lecture contemporaine du mythe chrétien du Jardin D'Eden (aux simples d'esprit le royaume de Dieu, et gare à tes miches si tu touches au fruit défendu, à savoir la Connaissance). Comme c'est le cas dans le reste de son oeuvre, un puissant mysticisme baigne le film de Peter Weir, mais c'est bien de Mère Nature dont il est question, la Mère de Tout, et pas d'un quelconque dieu d'émanation humaine. Si Allie Fox se voit condamné à l'errance, ce n'est pas tant parce qu'il a voulu s'approprier le pouvoir Naturel, mais bien parce qu'il s'est cru autorisé à en contredire les règles: en changeant les choses de place, en en modifiant l'ordre, en créant de la glace dans la jungle. L'Homme Blanc, selon Peter Weir, comme une aberration dans la Nature. Enfin, c'est ce que je pense ce soir.
Evelyn Dead (qui se fout pas de vot' gueule avec des critiques à deux balles)
20 janv. 08
DEATH PROOF
Vu et aimé le dernier film de Quentin Tartàpoil. Une espèce de truc vraiment débile qui fait un peu penser à du Russ Meyer, mais qui laisse tout de même affleurer une certaine subtilité.
Une bande de nanas apparemment pro-70's mais dont l'engagement ne dépasse pas le look du t-shirt, se paie une virée. Plutôt incultes en cinéma, elles n'ont aucune idée d'à quel point les films de l'époque peuvent être mortels. En rencontrant Stuntman Mike, un cascadeur à la retraite, elles vont en faire la cruelle expérience.
Stuntman Mike (Kurt Russel, parfait. Comme d'hab'.) précipite son bolide contre la bagnole des nanas, et c'est la fin de la première moitié du film. Commence alors un remake de ce qu'on vient de voir, à ceci près que les nouvelles proies du cascadeur timbré sont non seulement de la partie (cascadeuses également) mais surtout pros du cinéma 70's, spécialement la branche indépendante responsable de chefs d'œuvre tels que Vanishing Point ou Electra Glide in Blue (chroniqué dans ces colonnes). Au volant d'une authentique star du film de course-poursuite, les filles de la seconde fournée vont retourner la situation et tout ça finira par une tournée de mandales dans la gueule, et pis voilà. Débile. Mais subtile aussi, dans sa métaphore du cinéma 70's "plus fort que toi" (comme Sega, tiens...), et si t'y connais rien, tu peux pas survivre, et tout ces trucs... Bon, on donne une note ? Non, j'ai la flemme.
Ça me fait penser à cette chanson de Dire Straits... If you wanna run cool, you got to run on heavy, heavy fuel...
Evelyn Dead.
02 janv. 08
JUSTE UN TYPE

Et si vous n'en croyez rien, demandez à Melody où elle a eu cette photo.
01 janv. 08
COPINAGE
Les éditions Dans Ton Kulte nous gâtent en cette fin d'année avec la sortie ultra-masterisée d'EMBRASSE-MOI MORTELLEMENT, chef d'œuvre parmi les plus décriés du réalisateur français, et qui est présenté ici dans un coffret agrémenté de somptueux bonus dont deux films jusque ici introuvables, les vertigineux RIGOR MORTIS et NECHROMATIC. Si le corpus du réalisateur se place définitivement sous le signe de l'inquiétante étrangeté, la redécouverte d'EMBRASSE-MOI... souligne ce que cette étrangeté doit à la connivence d'avec le groupe d'action culturelle absurde Le Liquide De La Tête (dont on attend d'ailleurs avec impatience que la Cinémathèque Française lui consacre une digne rétrospective). Bref.
Si le sujet d'EMBRASSE-MOI... peut au départ dérouter (un suicidé amnésique finira par se jeter par la fenêtre), la maitrise formelle qui se déploie au fil de ses séquences n'en finit pas de remplir de circonspection. "Comment fait-il ?" est la question qui revient en boucle dans l'esprit du spectateur, avant que celui-ci ne finnisse par mettre le doigt sur le nœud du problème. Et nous nous garderons bien ici de vous livrer quelque clé que ce soit. Rappelons simplement pour mémoire l'ébouriffante séquence au cours de laquelle l'une des hallucinations du "héros" perd littéralement la tête. Une mise en abîme exemplaire, un sujet d'étude sans fond pour tout étudiant désirant appréhender sérieusement l'objet cinéma.
RIGOR MORTIS (présenté en version originale dans une langue que personne au Cinémort n'a réussi à déchiffrer) pulvérise quant à lui, en quatre petites minutes à peine, toutes les frontières du cinéma narratif. Si le sujet du métrage reste le hors-champ, c'est surtout à une expérience sensorielle ultime que nous convie son réalisateur, expérience par ailleurs souvent insupportable. Heureusement, le film est court. NECHROMATIC (autre objet de culte totalement invisible depuis sa création) de son côté fait très mal aux yeux, en même temps qu'il se présente comme une leçon expérimentale.
On l'aura compris, s'il est un achat à faire en cette période de vaches folles (maigres aussi), c'est bien ce coffret douze DVD qui sort dans quelques jours (les disques additionnels étant consacrés à une interview absolument fleuve du réalisateur qui revient sur les heurts de sa carrière tout en en dévoilant finalement peu de chose. Remarquable).
39,99 euros, prix vivement conseillé.
E.D. (et tout ça en vous souhaitant une bonne année, bien sûr)
31 déc. 07
EVENT HORIZON
Quand on va trop loin, c'est qu'on s'arrête bien après l'endroit où l'on voulait s'arrêter au départ. Non, attendez... C'est l'inverse ! Bref. Le vaisseau spatial Event Horizon a la capacité de plier l'espace (un peu comme les Navigateurs de la Guilde, voyez), et tout cela l'amène à visiter un endroit interdit (en fait, une soirée gothique). Il en revient changé, et les soutes pleines de trucs pas jolis-jolis, comme le dernier album de Mylène Farmer...
La grande Melody, mansuétude faite femme, a accepté de changer un Atom Egoyan introuvable en un Paul Anderson plus accessible. Et alors ? D'autres ont bien changé l'eau en vin ! Quoi qu'il en soit, cette gentille série B a, au départ, tout pour séduire: un look pas trop cheap, un casting plutôt cool (la toujours agréable Kathleen Quinlan), et un vaisseau-maison hantée à la gueule taillée pour le rôle.
Sam Neil monte en neige, comme d'autres en pression.
D'où revient le Event Horizon ? De l'Enfer. Le vrai, celui qui ressemble au Hellraiser de Clive Barker, avec les fils barbelés qui coupent, les corps écorchés, le sexe et les cris. Même les Cénobites sont de la partie. Le hic, c'est qu'une fois avalés les quelques flashbacks sympathiques ramenés de l'Autre Côté, il ne reste plus grand'chose à se mettre sous la dent. De citations en pompages, le film paie son tribut à ses illustres aînés (Alien, Aliens et... Alien !), avant d'avouer tout penaud qu'il n'est qu'un film de maison hantée comme un autre. Ni meilleur ni pire. Moi je dis "c'est dommage". Je dis aussi que c'est toujours ça de pris sur le CNC. (!)
Evelyn.
Ps: Melody, niveau score, je suis toujours à la ramasse, avec ce coup. Shoot again ?












